La mode « Made in Germany »

La société Création Gross GmbH & Co. KG exploite l’un des derniers ateliers de confection de prototypes en Allemagne sur son site bavarois de Hersbruck. C’est dans ce lieu de 700 m2 que sont produits, à chaque saison, les premiers prototypes d’une nouvelle collection. Les modèles de CG – CLUB of GENTS y sont aussi réalisés et leur qualité testée avant d’être fabriqués en série. Peter Ressel, le directeur de la production, nous fait visiter l’atelier de confection.

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Au premier coup d’œil, il est difficile de se faire une idée de l’étendue du grand atelier de Hersbruck tant les machines sont nombreuses. Le bruit de fond en revanche est bien perceptible : un concert continuel de sifflements et de claquements. Alors que Peter Ressel nous conduit à travers les allées étroites de l’équipement, les sources de bruit n’apparaissent que progressivement. Un sifflement s’échappe d’une presse à repasser d’où jaillit de l’air chaud. Le claquement provient des innombrables machines à coudre dont les bras sont animés de mouvements mécaniques et qui enfoncent fils et aiguilles dans le tissu.

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Nous nous trouvons à présent au cœur de la ligne de fabrication de Création Gross. « Cet atelier est l’un des rares vestiges de l’industrie textile allemande », confie le directeur de la production, Peter Ressel. Cela ne se voit pas : tout clique et s’entrechoque tel les rouages d’un mécanisme bien huilé. Peter Ressel connaît le nom de chaque machine et les qualités essentielles à la confection d’une veste parfaite. Il parle avec enthousiasme de son parc de machines dont la valeur totale s’élève à 1,2 millions d’euros. Sur le site de Hersbruck, les couturières disposent d’un atelier de couture et de repassage complet, dans lequel près de 1000 pièces, telles que des vestes, des gilets et des pantalons, sont encore fabriquées chaque année.

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La ligne de fabrication est divisée en quatre secteurs différents. De la découpe et de l’entoilage des tissus à la pose des ceintures de pantalon et au repassage, en passant par la couture des pièces, tout est réalisé en un seul et même lieu. Et Peter Ressel de souligner la particularité de cette ligne de fabrication : « Il existe pour chaque couture ou presque une machine spécialisée et une machine à repasser adaptée. »

 

Cinq couturières et six repasseuses travaillent dans l’atelier. Chaque jour, environ cinq pièces complètes sont produites, le nombre variant en fonction de la complexité du vêtement. La veste représente toujours la discipline reine dans la confection des vêtements d’extérieur pour hommes. C’est la plus complexe des pièces, celle qui comporte le plus d’ajouts et de couches. La confection d’une veste peut prendre jusqu’à 180 minutes aux couturières, en fonction du nombre de poches.

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La découpe

Du rouleau de tissu au costume fini, les étapes sont nombreuses. Tout commence à la table de découpe. D’innombrables rouleaux de tissus avec des matières extérieures de qualité en provenance d’Italie sont disposés sur de grands chariots. Les lés sont d’abord étendus à plat sur une longue table. Le directeur de la production tourne habilement une roue sur le côté de la table. Soudain, des aiguilles s’enfoncent par le dessous à travers le tissu. « Cela permet de fixer le tissu pour la découpe », explique Peter Ressel, content de l’effet produit. Selon la pièce à réaliser, on utilise une paire de ciseaux ou une machine de coupe. Le progrès numérique a également fait son apparition dans ce domaine. Peter Ressel nous présente fièrement une machine CNC qui traite les données du programme de CAO avant de les transmettre directement au système de coupe, pour une précision au millimètre près. La machine CNC fixe le tissu en aspirant la matière avec de l’air. Elle réalise ainsi une découpe ultra précise, indispensable pour les tissus haut de gamme.

 

Dans un coin de l’atelier se trouve une machine qui façonne l’image de l’entreprise textile depuis des décennies. C’est la coupeuse à lame circulaire. Avec sa presse d’une puissance de 18 tonnes, cet appareil hydraulique découpe les pièces en cuir pour les coudes, les entoilages, les plastrons, etc.

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La préparation de la couture

Soigneusement disposés les uns à côté des autres, des dizaines de panneaux de devant, de dos et de côté et de manches reposent désormais sur la table de découpe. Avant que les couturières ne procèdent au montage des différentes pièces, plusieurs couches de tissu sont assemblées pour donner au costume fini sa coupe. Une machine de thermofixage assemble la matière supérieure et l’entoilage de renfort Vlieseline en y appliquant une chaleur de 120 degrés et une pression de 3 bar. Les matières supérieure et inférieure sont durablement fixées l’une à l’autre grâce à une colle qui réagit entre 115 et 127 degrés. Utilisés pour leurs propriétés de rigidification, les entoilages permettent également aux costumes de résister à un usage quotidien. « Pensez au nombre de fois où un costume est envoyé au pressing. Une veste doit aussi pouvoir y résister », nous fait remarquer le directeur de la production en contrôlant d’un œil averti l’assemblage des couches de tissu.

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Des machines et automates de mise en forme

Le costume reste le vêtement le plus complexe à confectionner. À elle seule, une veste peut comporter jusqu’à 160 pièces différentes. Seul un équipement hautement spécialisé peut garantir la production de ce segment complexe de l’habillement. « La confection des vêtements d’extérieur pour hommes est fortement marqué par les machines spéciales », explique Peter Ressel. L’atelier de confection de Hersbruck déborde de machines. Chacune d’entre elles possède une fonction spécifique, d’une importance décisive pour la fabrication. On ne compte aucun doublon. Le directeur de la production nous montre avec enthousiasme la machine à coudre la plus coûteuse de l’atelier. Elle coûte 24 000 euros et imite un point à la main. C’est aussi la machine à coudre la plus lente, puisqu’elle réalise une couture en six minutes, lorsque d’autres n’ont besoin que d’une minute pour le faire. « Aussi fou que cela puisse paraître », certifie Peter Ressel, « cette approche de la production en série de costumes permet toutefois de gagner du temps et, surtout, d’assurer l’uniformité de la coupe. »

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le personnel

« Bien évidemment, l’atelier d’Hersbruck ne compte pas que des automates », indique Peter Ressel en passant devant quelques postes de travail occupés. La dextérité des couturières expérimentées entre en jeu tout particulièrement dans l’atelier de couture et au moment de coudre la ceinture du pantalon. La confection de vêtements est toujours un métier artisanal, même si de nombreuses étapes de travail ont été automatisées. De nombreux tissus exigent une main sûre et grâce à la couture manuelle, parfois encore nécessaire, la veste devient un vêtement qui, d’une part, définit la silhouette et, d’autre part, épouse avec souplesse les mouvements du corps. La confection des prototypes repose sur le travail des employées qui ont consacré presque la totalité de leur vie professionnelle à la société Création Gross. Le record de longévité est tenu par une couturière qui œuvre au sein de l’entreprise depuis plus de 45 ans. Elle est la seule à savoir utiliser toutes les machines. Ses collègues, dont beaucoup ont rejoint l’établissement dans les années 80 et 90, disposent également de l’expertise reconnue pour la plupart des machines. En 2025, l’entreprise fêtera les 100 ans de sa création.

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Le repassage

Au terme d’un processus de production complexe, les vêtements rejoignent l’atelier de repassage, où la dernière touche est apportée aux costumes. De l’air chaud est appliqué au niveau de la taille, du col et de la forme des épaules et c’est alors un peu comme si un vêtement en deux dimensions prenait vie. Le costume est désormais un article de confection fini. Les boutons sont cousus à la fin. Ils risqueraient d’endommager les presses et les machines à repasser, nous explique Peter Ressel. Au poste de contrôle, l’article terminé est comparé aux prescriptions : la description du modèle a-t-elle été respectée ? La matière est-elle la bonne ? La finition est-elle adaptée ? Le repassage a-t-il été réalisé avec soin ? Le vêtement est muni d’étiquettes et d’étiquettes volantes et est prêt pour l’expédition.

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